Je veux être libre, indépendant !

Oui, arrêtez d’être salarié, dites stop à l’esclavage du patronat, libérez-vous, vivez une vie qui vaut la peine d’être vécue, devenez indépendant, changez de vie !

Créez votre activité, et travaillez d’où vous voulez, n’importe où dans le monde, une plage paradisiaque, un hôtel de luxe, les toilettes de votre appartement sur l’ile de Malte, qu’en sais-je ! (Prérequis : une connexion internet fiable).

Ce discours, vous êtes des dizaines de milliers à l’avoir entendu depuis 2010 et l’explosion d’un certain marché autour de l’entrepreneuriat.

  • Ici se pose réellement la question suivante : que faire de sa vie ? Aussi, entreprendre est il une fin soi ? 

Liberté, indépendance, argent. Forcément, voilà qui fait rêver.

À un détail près. Si vous appelez indépendance le fait de vous définir en réaction à quelque chose, vous faites erreur. Vous êtes « contre-dépendant ». Et là, ce n’est plus la même chose du tout d’un point de vue intellectuel (et psychologique).

C’est quoi être contre-dépendant ?

Dans la contre-dépendance, vous avez besoin de quelque chose pour vous définir par opposition à cette chose, et tout ce que vous ferez, direz, penserez, sera fait en fonction de cette chose.

Vous n’êtes donc clairement pas libre, vous êtes carrément en mode fusionnel avec cette chose que vous semblez vouloir rejeter, mais qui décide de tout ce que vous faites.

Prenons un exemple. Je vais prendre un prénom fictif et une histoire réelle pour ne froisser personne.

Marc, contre-dépendant, rebelle (soit disant rebelle et intelligent), libre (ou presque).

Marc vend un produit pour apprendre la technique du lancement orchestré à ses clients. Dans ses vidéos, Marc se positionne clairement contre la société et les entreprises qu’il accuse d’esclavage. Marc vous invite à vous rebeller contre ce système et à vivre en dehors du système en devenant indépendant.

À ses débuts, Marc s’en prenait violemment aux blogueurs, aux journalistes, à tout ceux qui pensaient autrement que lui (et il continue joyeusement), et qui, pour lui, représentaient ce système qu’il semble vomir.

Aujourd’hui, Marc voyage aux frais de sa société. Il délègue tout son travail (à des freelances dans des pays pauvres, ça coûte moins cher), écrits des livres, fait de la publicité pour un organisme bancaire (la cohérence n’est pas son souci, il rêve de célébrité) et investi dans l’immobilier.

Marc est-il « indépendant » ? Non, Marc se définit contre le système, du moins, c’est le message affiché, la réalité semble être plus nuancée. Or, si demain le système venait à changer ou à disparaître, Marc serait bien emmerdé pour se définir en tant que personne ou entrepreneur.

De plus, Marc vit à fond dans le système capitaliste (à sa décharge, sortir du système n’est pas aussi simple que cela quand on souhaite gagner de l’argent).

Le risque d’une fausse liberté

Car le risque est bien là quand on est contre-dépendant : sans le savoir vraiment, ou sans vouloir se l’avouer, nous avons terriblement besoin de l’autre pour exister.

Dans tous les aspects de son entreprise, Marc est dépendant des autres. Affiliés, sous-traitant, Facebook pour la publicité, et j’en passe, la liste pourrait être bien longue.

Se mettre à son compte par opposition à quelque chose n’est pas franchement la meilleure des motivations qu’il soit d’être, parce que c’est souvent une réaction de colère. La colère peut aider à se mettre en marche, certes, mais elle fini toujours par s’estomper. Et une fois la colère passée, que ferez-vous ?

Ne vous définissez pas opposition, même s’il est vrai que d’apprendre à se définir par soi même demande du temps et de l’implication. Se définir par opposition est un acte de réaction, ne réagissez pas, vous aurez toujours un temps de retard. Agissez, vous aurez toujours un temps d’avance.

Si vous souhaitez vraiment être libre, cessez d’agir en étant contre quelque chose. Agissez pour vous, en fonction de ce que vous aimez, et non ce que vous détestez. Si vous souhaitez créer un blog, faites le par envie sincère et non parce que vous souhaitez devenir libre. Et vous pouvez ne pas me croire, un blog, c’est loin d’être la liberté.

Comment devenir libre, vivre à fond et réussir en dehors du système ? Cela me parait être un paradoxe, en tout cas, certainement pas en étant contre-dépendant.

  • PS : certes, ce billet n’envoie pas du rêve. Je le conçois. C’est une réalité à la fois intellectuelle et du terrain. Un entrepreneur est dépendant d’un ensemble de facteurs pour bien réussir, et notamment, de sa clientèle… Le savoir, l’intégrer à sa réflexion, c’est déjà avoir le bon état esprit pour entreprendre. On ne « fait pas de l’argent », on échange une chose contre de l’argent.