Faire un choix, une décision si délicate 1

Avons nous le luxe de ne pas choisir ?

« Pour choisir, donc renoncer, il faut en avoir les moyens ». Voici une phrase que j’ai lue dans une conversation sur LinkedIn dernièrement.

Cette phrase, assenée telle une sentence, me glace. Si l’on se pose d’un point de vue matériel, effectivement, tout le monde n’a pas les moyens de choisir entre un luxueux appartement et un logement social.

D’un point de vue compétence, tout le monde n’a sans doute pas les moyens de choisir entre un poste de direction dans telle ou telle entreprise.

Tout ceci est très vrai. À ceci près que, dans un pays comme la France, et malgré les idées reçues, le matériel et les compétences peuvent s’acquérir via des… choix judicieux (oui vous avez raison, ce n’est pas gagné, pour autant, le choix existe).

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Je ne parle pas d’ascenseur social, il y a longtemps que le truc est en panne, et il n’existe aucune société pour le réparer. C’est sur vous et votre volonté de réussir votre vie qu’il faudra compter.

Et sur votre capacité à faire des choix. Vous pouvez faire le choix de passer du temps sur Facebook, ou de prendre un livre, de vous former sur internet pour faire évoluer vos compétences.

Vous avez le choix d’avancer ou de stagner, de vous plaindre de votre sort, de vous en prendre à la société, à la vie. Oui, que vous le vouliez ou non, ce sont des choix que vous faites.

Et à ce titre, je ne nous vous jetterais pas la pierre, parce que je l’ai fait durant des années. J’avais, comme beaucoup, de bonnes raisons (je crois) d’en vouloir à la société et à la vie.

On ne choisit pas sa famille

À la grande loterie de la naissance, je ne peux pas dire que j’ai eu la chance de tirer le gros lot. Et les choses allaient empirer d’année en année.

J’ai vécu en colère, contre tout, contre tout le monde, tout le temps. J’avoue avoir été totalement débordé par mes émotions (la colère est une émotion parmi les plus puissantes).

Dans ces conditions, le choix semble impossible. Dans les faits, j’aurais pu faire des choix plus raisonnés, au lieu de cela, j’ai fait des choix dictés par ma colère, des choix qui confortaient cette dernière. Je m’enfermais dans mes croyances (les riches, la société, etc…).

Ce qui rend le choix impossible, ce sont nos émotions qui nous submergent, nous empêche de voir et raisonner avec le calme nécessaire à la prise de décision.

Qu’est-ce qu’un choix, si ce n’est une décision ?

Certaines décisions sont effectivement bien plus délicates à prendre que d’autres.

Prenons un exemple humainement terrible, celui d’une femme tombée enceinte après un viol. Que doit-elle faire ? Conserver cette vie ? Avorter ? Voilà un choix particulièrement difficile et chargé d’émotions. Et je ne souhaite à personne d’avoir à devoir faire un tel choix.

Baisser les bras ou non

Quand je repense à ma maman, avait-elle le choix ? Une famille de six personnes (quatre enfants, son mari et elle-même) à charge, sur son seul salaire. Des dettes, un mari aux abonnés absents, et quatre enfants à faire vivre. Voilà de quoi se sentir pris au piège, et pas qu’un peu.

Elle aurait pu baisser les bras, se contenter de juste faire son job, de ramener un salaire, et basta ! Hé bien non !

Elle a pris la décision d’y aller, de se donner les moyens d’évoluer, d’aller chercher plus. Elle s’est battue comme une lionne pour progresser dans son métier. Et croyez-moi, elle n’a vraiment pas ménagé sa peine !

Quand vous rentrez en tant qu’intérimaire, au poste d’aide-documentaliste dans une entreprise et que vous en sortez avec un poste de responsable produit, y’a de quoi être fier du chemin parcouru.

Certes, le monde de l’entreprise n’est plus le même que dans les années 80/90. Cependant, tout reste toujours possible pour qui est animé par la volonté de réussir.

C’est pas facile de choisir !

C’est vrai, rien n’est facile ! Et alors que vous partez du bas de l’échelle, le chemin sera encore plus long, plus difficile. Ce sera il sera impossible si vous décidez de passer votre vie à vouloir au monde entier.

Encore une fois, je ne juge pas. Comme je le disais plus haut, nous sommes nombreux à pouvoir nous plaindre, à raison. Les motifs légitimes ne manquent pas.

Et nous avons malgré tout le choix. Allons-nous passer une vie à ruminer et vivre et entretenir l’enfer continuellement, où allons-nous au moins tenter de faire évoluer notre condition avec le risque de réussir ?

Le choix n’est pas un luxe. Ne pas choisir est un choix, qui n’apportera rien de bon à votre vie.

Un choix n’est jamais facile à faire. Se laisser déborder par ses émotions le rend encore plus délicat. Et pour rendre la chose encore plus complexe, nous projetons en notre mental les suppositions que nous faisons quant aux conséquences de nos choix ! Voilà qui rend la chose impossible.

Les implications d’un choix

Un choix implique deux choses. La première commence à être bien connue : renoncer, et l’humain n’aime pas perdre.

La seconde, c’est d’assumer le choix. Ce qui veut dire « être responsable ». Et dans nos esprits, responsabilité signifie « culpabilité », et rien n’est plus faux.

La vie n’est rien d’autre qu’une suite de choix. Cela semble bateau ? Pourtant, si vous en avez pleinement conscience, alors la façon dont vous ferez vos choix pourrait bien changer votre vie.

Chacun des choix que nous faisons impacte notre vie.

J’ai tiré cet enseignement de deux expériences de ma propre vie.

Choisir de siffler ou non

La première, en tant qu’arbitre officiel de football. Vingt-deux joueurs, deux staffs, le public. À chaque décision, je faisais des mécontents. Chaque situation de jeu est un choix : faute, pas faute ? Penalty, pas penalty ?

Lorsque l’on sait toute la violence émotionnelle, toute la tension qui règne sur un terrain, croyez-moi, dans certains cas, mon intégrité physique était en jeu. Je siffle ou je ne siffle pas ?

Au travers de cela, j’ai appris que je pouvais me tromper, assumer mon erreur et la reconnaitre, parce que je suis humain. J’avais moins d’une seconde pour prendre ma décision. Cela forge.

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Choisir de faire feu ou non

La seconde expérience vient de mon service militaire que j’ai fait dans la Police nationale. Quand vous êtes dans la rue et que votre collègue vous dit de vous tenir prêt, en protection, cela implique d’ouvrir la pochette que vous avez à la ceinture.

Cette pochette (le holster) contient votre arme à feu, chargée, prête à l’emploi. Vous posez la main sur la crosse de l’arme, prêt à en faire usage. Au moindre mouvement suspect, vous n’avez qu’une seconde pour décider : faire usage de votre arme, ou pas.

En face, votre collègue vient de mettre son existence entre vos mains. Vous pouvez soit lui sauver la vie, soit tomber dans la bavure policière et faire basculer votre vie. En voilà un de choix à la con aussi tien !

Ce jour-là, tout s’est bien passé. J’ai eu un drôle de contrecoup durant les minutes qui suivirent, quand j’ai revécu la scène et que mon esprit s’est mis à me jouer des « et si… ». Je remercie la personne interpellée de ne pas avoir fait quoi que ce soit qui aurait pu me pousser à faire usage de mon arme.

Avec tout cela, oui, je comprends que faire un choix soit difficile. Ajoutez à cela que notre incapacité à reconnaitre et nommer nos émotions nous place dans des postures parfois intenables.

Faire un choix : Luxe ou pouvoir ?

Alors, à mon sens, faire un choix n’est pas un luxe, c’est avec des choix que nous conduisons nos vies.

Penser et/ou croire que le choix est un luxe, c’est renoncer au pouvoir que vous pouvez exercer sur votre existence.

Vous avez le choix. Et vous avez même le choix de croire que vous n’avez pas le choix.