La bienveillance 1
La bienveillance 2

Du bon usage de la bienveillance sur internet

AVERTISSEMENT : ce billet contient des mots violents tels que « dignité », ou « réfléchir ». Le contenu est réservé à un public averti.

Le monde a besoin d’amour ! Le monde a besoin de la bienveillance, l’entreprise a besoin de bienveillance. À force de publications de citations en tous genres et de belles images, tout le monde en est persuadé. Ce monde manque de « bienveillance ».

Il faut donc se montrer « bienveillant » envers les autres. Et si ce con « d’autre » n’est pas à son tour bienveillant, vous avez le droit de le lui rappeler. Avec un brin de mépris, c’est tellement mieux pour clouer le bec de l’impudent.

La bienveillance façon réseaux sociaux

Pour se montrer bienveillant, il faut être gentil, à l’écoute. Sur un réseau comme Linkedin (machine à prospect diront certains), quoi de plus naturel que de joindre un petit mot bienveillant lors d’une invitation à « se connecter ».

Un truc qui montre que l’auteur de l’invitation est déjà intellectuellement connecté, grâce à la bienveillance, au « besoin » (le problème à résoudre) de la personne contactée. C’est beau la bienveillance commerciale : devancer le besoin du prospect (le fameux marketing prédictif).

La bienveillance sur internet, c’est rester gentil et courtois en toutes circonstances, surtout quand par-derrière se cache des intérêts commerciaux, faut avouer, se serait con de se fâcher avec un prospect.

Éventuellement, on peut se foutre sur la gueule en privé, mais pas en public, il faut soigner l’image (je connais, j’en ai eu des comme ça – gentils tout plein en public, ordures finies en privé).

Ne jamais se fâcher avec un influenceur ! Vous pourriez passer à côté d’une opportunité de business. Même si vous le détestez profondément, soyez gentil. #Paillasson

D’ailleurs, qui voudrait se fâcher avec un influenceur sur la toile ? Ne sait-on jamais !!! Il pourrait toujours bien arriver (quand ??) un « plan business » avec trois sous, deux hourras et quelques followers alors, faut pas prendre de risque ma bonne dame ! Dites, vous reprendrez bien un peu de pommade ?

Et la dignité, on en parle, ou pas ?

Si le monde a besoin d’amour, il pourrait aussi bien avoir besoin d’un peu de dignité et d’estime de soi. Parce que si le métier de cireur n’existe plus dans la rue, il est largement remplacé par son double virtuel. Et visiblement, ça semble rapporter vu le nombre de cireurs.

Attention, il n’est point question de chercher des poux au premier influenceur, ou au premier cireur de pompes que l’on croiserait ! La polémique gratuite pour le plaisir de la polémique, dans le genre inutile, ça se pose là.

Et il n’est pas question de moquer les personnes qui suivent un influenceur lorsque celui-ci délivre de bonnes informations, nous fait sourire et même parfois réfléchir.

En revanche, quand vous n’êtes pas d’accord, vous avez le droit de le dire, dans le respect, et surtout, de poser vos arguments, de défendre un point de vue différent, une conviction différente.

C’est vrai, pour bon nombre de personnes, arguments, convictions, respect, c’est un triptyque qui dépasse l’entendement. Je ne sais pas comment il est possible de réussir sa vie sans cela. Il me faudra creuser la question. Oser… Oser beaucoup disait Roosevelt.

Réussir à être soi, vivre en accord avec ses principes, ses valeurs, tout en étant conformiste, je ne sais pas, j’avoue que j’ai du mal à saisir le concept. Enfin, non, je le vois bien, ça porte un nom : la peur. Et plus particulièrement, la peur du rejet (voir le besoin d’appartenance de l’ami Maslow).

Avouez que la chose est un brin cynique tout de même. Vouloir tellement être soi et avoir tellement peur de ne pas appartenir que l’on en vient à se conformer pour se sentir appartenir. Sinon, le docteur, il en dit quoi ??

Accepter ses différences, et celles des autres

Finalement, ce n’est pas l’autre qui nous fait peur, ce n’est pas la différence de l’autre qui nous effraie, mais notre propre peur d’être de ne pas être comme tout le monde.

Alors, nous rejetons avec force ceux qui ont le courage d’être eux, parfois, ils n’ont pas le choix, demandez donc à un noir s’il peut faire autrement que d’assumer sa couleur de peau et comment il se démerde pour vivre dans une société raciste ??

Demandez donc aux handicapés comment ils font ? Vous pouvez le demander à ma fille, du haut de ses dix ans, elle pourrait vous en apprendre sur le sujet.

Bienveillance ou hypocrisie ?

Sur les réseaux sociaux, l’usage la bienveillance propose un vieux relent d’hypocrisie dans le seul but de ne pas faire de vagues, d’être accepté, d’être reconnu, de se sentir exister. Et dégueule de mots gentils.

Vous savez que les mots ne sont rien, ce qui compte, c’est ce que vous mettez vraiment dedans. J’ai toujours eu un langage « dur », et pourtant, je suis aussi perçue comme une personne dite « bienveillante ». Bienveillante, vraie et sincère. Et tout cela, j’y tiens. Ce sont mes valeurs fondamentales.

Je ne veux de mal à personne (ou presque, faut pas déconner), je ne cherche pas la baston, mais quand j’ai quelque chose à dire, je ne me prive pas pour le dire (c’est bien cela aussi la démocratie n’est-ce pas) ? Avec le temps, j’ai appris à m’exprimer avec respect et non avec émotion (merci ma formation).

Du courage de penser, de dire et de savoir s’arrêter

C’est aussi cela la bienveillance, dire ce que l’on pense, ce que l’on croit être juste, le dire avec respect et empathie (comprendre la vision de l’autre et non la piétiner), ouvrir un débat, faire naitre un échange qui pourrait peut-être enrichir les deux parties.

Ce n’est pas parce que vous bousculez l’autre dans sa vision des choses que vous lui voulez du mal, au contraire ! Ceci étant, si l’autre ne veut pas voir, à vous de sentir que c’est peine perdue et de passer à autre chose. Ce n’est peut-être pas le bon moment ou la bonne personne. Vouloir éveiller / aider des gens qui ne veulent pas l’être, c’est perdre son temps et prendre le risque de créer un conflit. C’est inutile.

Donc, savoir vous s’arrêter, c’est faire preuve à la fois d’empathie et de bienveillance. Chacun a le droit de vivre comme il l’entend, n’est-ce pas (elle sonne drôle cette phrase dans un billet aux allures de coups de gueule, j’aime bien ce contraste).

Je crois que ce monde à bien plus besoin de conscience que de bienveillance. Parce que la bienveillance sans conscience, c’est quoi ? Une espèce de truc qui pue le jeu d’influence, un jeu de courtisan pour savoir qui sera dans le plumard du Roi ou de la Reine à la tombée de la nuit ?

Allons ! Un peu de dignité que diantre ! Tous autant que nous sommes, nous valons bien mieux que cela ! Bien sûr, il nous faut réseauter, faire preuve d’habilité humaine, et tout cela est un jeu. Nous sommes d’accord. Vous avez le droit de jouer sans pour autant servir de paillasson au monde entier !

Je ne sais pas si paillasson est une réussite en soi. Allez savoir, la nature humaine est tellement surprenante.

Appartenir à groupe, être proche les uns des uns des autres oui, mais pas à n’importe quel prix, et certainement pas au prix de la dignité et de l’hypocrisie. Et encore moins au prix de la destruction et de l’oubli de nos valeurs.