La réussite et le bonheur, les Graal de notre société moderne. Il faut réussir, il faut être heur-eux !

Et bien comprendre que réussir, bah c’est le bonheur et inversement.

Le bonheur, par YouTube

YouTube dégueule de ces vidéos « d’entrepreneurs » qui vivent, pour beaucoup, à l’autre bout du monde et qui connaissent une réussite (dite) foudroyante.

Ajoutons à cela les concepts d’indépendance financière et de « liberté », et nous avons le cocktail parfait.

Réussite (entrepreneuriale, c’est mieux. Salarié, c’est has been), bonheur, liberté, indépendance financière. Les quatre piliers d’un homme « libre ». Et s’il vous en manque un, c’est le drame. Vous êtes un raté. Voilà ce qui nous est proposé aujourd’hui.

La vérité des mensonges

J’aimerai vous dire qu’entre ce que l’on veut bien montrer et la réalité, il existe un gouffre. Par exemple, vivre seul, toute l’année, sans attache, sans réels amis, sans lien avec la famille, bah personnellement, ça ne m’enchante pas des masses.

Je crois sincèrement qu’être déraciné, loin de sa famille, et vivre seul recèle d’une profonde blessure, ou alors, il n’y pas/plus de famille.

J’aimerai vous mettre en garde contre toutes les dérives de ce qui nous est montré sur nos super écrans, et à quoi bon ? Ce serait du temps perdu pour vous, et pour moi.

Alors, parlons de la réussite. Ce sera bien plus utile, et cela pourra plus vous apporter quelque chose.

La réussite, non définition

Vous êtes sans doute déjà demandé ce que serait la réussite pour vous. Peut-être de l’argent plus qu’il n’en faut, peut-être une belle voiture, peut-être un rang social élevé, peut-être une grande reconnaissance du public, peut-être l’amour inconditionnel d’un homme ou d’une femme, peut-être fonder une famille.

Nous y réfléchissons tous à un moment donné de notre existence. Mais poussons-nous le curseur assez loin pour réellement trouver ce que serait la réussite selon nous, selon nos propres aspirations, et pourquoi cela en serait une ?

Pourquoi la réussite ?

Pourquoi est-ce qu’avoir de l’argent serait une réussite par exemple ? Parce que c’est la norme ? Parce que l’on peut tout s’offrir et consommer à gogo ? Pourquoi en ce cas est-ce que consommer serait le bonheur ? Parce que ce sont les messages que l’on lit, entends partout dans les divers médias, jusque sur nos smartphones ?

En fait, nous n’interrogeons pas le POURQUOI. Pour la simple et bonne raison qu’en dehors de quelques familles, nous avons pris la bonne habitude de suivre la norme.

Parce que nous consommons !

Il nous apparaît normal de consommer, c’est comme ça que l’économie tourne, que l’argent circule, c’est aussi le point de comparaison entre nous dès le plus jeune âge : cartables, stylos, fringues, lieu de vacances, et j’en passe !

Nous consommons également, via des applications dédiées, des rencontres, du sexe et du bien-être. Je ne sais pas ce qui aujourd’hui peut encore échapper à la grande consommation.

Il est donc normal d’associer bonheur, réussite d’un côté et consommation de l’autre.

Consommer est donc synonyme d’argent, argent est synonyme de réussite, et, implicitement, d’une certaine position sociale (position haute, ou pseudo libre, je vais y revenir plus loin), tout ceci impliquerait donc une certaine liberté.

Liberté ? Liberté de consommer ce que l’on souhaite oui. Mais certainement pas, à mon sens, une liberté intellectuelle. Car se noyer dans la norme, sans le savoir, je ne vois pas ici de « liberté ».

Pour ma part, je ne vois là qu’une prison dorée au cœur du système. Et ceux qui voulaient se croire en dehors du système parce qu’ils voyagent « librement » et disent faire le choix de « ne pas consommer » ignore tout du dit système et vivent en plein cœur de celui-ci.

Hermite ultra connecté ?

Vivre en dehors du système en ayant un compte Instagram, un compte twitter, deux comptes et deux pages Facebook (pro et perso), passer des nuits dans des hôtels de luxe, vivre à l’étranger pour les avantages fiscaux, à mon sens, nous sommes là en plein dans le système et dans sa norme la plus stricte.

La notion de système va bien au-delà d’une simple position de salarié au sein d’une entreprise. Et prétendre le contraire, en ce qui me concerne, c’est assez méconnaitre « le système ».

Je voudrai me faire comprendre : je ne dis pas que l’argent ou encore la position sociale ne sont pas des réussites. J’aimerai instiller chez vous la possibilité que ce ne soient pas les uniques formes de réussites.

Pas d’argent, pas de bonheur ?

Prenons un instant de la distance avec tout cela : tout le monde ne peut pas devenir millionnaire (le système exploserait, il n’est pas fait pour), tout le monde ne peut pas occuper un rang social élevé (trop de chef et plus de petites mains). Est-ce pour autant que ces personnes n’ayant pas accès à cela devraient donc souffrir et n’auraient pas le droit au bonheur ?

Veuillez noter que je ne prône pas non plus la précarité, une vie de SDF non plus. N’allez pas me faire écrire ce qui ne l’est pas.

Le prisonnier 2.0

À l’opposé, je ne suis pas certain que les personnes les plus « célèbres » sur internet soient les plus heureuses. Je vais vous dire, quand vous achetez des followers et des likes tout au long de l’année, que vous dépensez des dizaines de milliers d’euros en publicité chaque année sur Facebook, je pense que ce n’est pas pour rien, et cela va au-delà du business.

Il fort possible que vous soyez dépendant, d’une, de votre « notoriété » : une chute de followers ou moins de like, et c’est l’ego-drame ! C’est moins d’amour et de reconnaissance 2.0.

Moins de pub, c’est moins d’argent, c’est le risque de revenir à des hôtels un peu moins luxueux, de faire moins de voyage. C’est perdre l’occasion de faire rêver les autres avec des photos dans des chambres avec vous à couper le souffle, des halls d’hôtels moins prestigieux et j’en passe.

Alors, libre, indépendant ? La Fontaine disait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cela ne date pas d’hier. Si personne n’est là pour regarder et liker les publications de ces personnages, que deviennent-ils ? Je vous laisse le soin de répondre à cette question.

Ceux qui pensent être libre et qui sont obnubilés par l’argent ne sont pas plus libre que les salariés qu’ils moquent dans leurs videos. Ces personnes sont les salariés de leur argent. Et à temps plein.

L’ignorant et la conscience libératrice

Je crois qu’il est assez facile de répondre et comprendre à quel point tous ces personnages qui parlent de liberté sont eux même les ignorants prisonniers du « système digital 2.0 ». Toutefois, ne dit-on pas « bienheureux les ignorants » ?

Ce faisant, certains sont parfaitement conscients de cela, nous entrons ici sur les terres, non du clan Campbell comme le dit la pub, mais sur une sombre terre, celle de la manipulation des masses, à la portée de tout à chacun depuis l’explosion du web.

À chacun sa réponse

Alors, la réussite, la liberté, c’est quoi ? C’est avant tout, je crois, une question de conscience. Et cette conscience, elle s’acquiert, se travaille, elle permet ensuite, grâce au bon usage du POURQUOI d’interroger nos actes et d’y apporter une réponse en accord avec ce nous sommes.

C’est quoi ce que nous sommes ? Là encore, il convient d’apporter vous-même la réponse en usant du POURQUOI pour la faire émerger de vos profondeurs.

À mon avis, il serait péremptoire d’oser une définition de « ce que nous sommes » au sens de l’esprit. Physiquement, nous sommes Hommes ou Femmes, au-delà ?….

Un chemin personnel

J’ai passé des années à chercher qui j’étais, au-delà de mon identité civile. Des années à chercher mes valeurs, à les interroger pour créer mon socle, mes certitudes, pour définir mes valeurs, pour être certain de ce qui me guide.

Je ne regrette pas ces années, et c’est pour moi une réussite, réelle, tangible. Parce qu’aujourd’hui, je sais ce que j’attends de moi, je sais exactement pourquoi je vis avec la femme qui est la mienne, je sais pourquoi j’ai choisi de faire ce que je fais. Parce que ne pas avoir de doutes et l’angoisse du compteur de like, du compteur de follower, c’est une vraie liberté.

Je sais mes doutes, mes colères, je sais mes amours et mes envies. Je sais mes limites, celles que je peux repousser et celles pour lesquelles il me faudra encore du temps. Je me sens en totale liberté face à ce que certains appellent « le système ».

Et puis, avec le temps qui avance, nos priorités changent, nos valeurs s’ajustent, il convient donc de les interroger régulièrement pour rester en accord.

Une histoire Humaine

La réussite par le rang social et l’argent ? J’avoue que j’en suis sorti. L’argent est un besoin, il permet de faire. Et après ? Pour avoir vécu la mort par suite d’un violent infarctus, je sais de façon très précise que ce n’est pas une vision monétaire qui m’aura accompagné. C’est le ressenti de l’amour de ma femme, et ce qui m’a fait revenir, c’est l’amour de ma fille, alors âgé de trois semaines.

Rien en lien avec un rang social, rien en lien avec la « liberté de consommer », rien avec les voyages et les hôtels de luxe, les fringues ou le dernier gadget à la mode. Juste des rapports interpersonnels.

Ma réussite, c’est cela, l’importance que j’attache aux gens avec qui je choisit de vivre, de près de loin. Des Laurent, Thomas, Fabienne, Anne Charlotte, Hervé, Vincent (les deux), Didier, Carole, Patrick, et toutes celles que j’oublie (que ces personnes me pardonnent).

Je suis « fier » d’être quelque chose pour ces gens, fier de les compter parmi ceux qui comptent pour moi.

Cette réussite-là n’est en rien numéraire, financière, elle ne me donne aucun pouvoir sur « le système », elle ne remplit pas mes poches. Mais elle nourrit mon âme, elle nourrit mes réflexions, mes points de vue, elle se renouvelle dans le temps, elle me fait sentir utile.

J’ai conscience que je ne serais jamais millionnaire, ou un Steve Jobs, et vous savez quoi, cette prise de conscience m’a libéré d’un poids énorme. Je suis ce que je suis, là maintenant. Et pourtant, qui sait !?

La réussite, jusqu’où, pourquoi ?

À l’instant, je rédige ce billet, et plusieurs personnes le liront. En soi, c’est une réussite. Il existe des millions d’articles qui ne seront jamais lus. Bien sûr, il pourrait être encore plus. Et puis, quand il sera encore plus lu, il pourrait êtr encore plus lu ? Et puis encore plus… Et ?… Jusqu’où va-t-on, pour quelles raisons ? Faut-il toujours plus de plus, tout le temps ?

C’est cela la conscience de la réussite. Savoir apprécier ce qui nous est offert, ce que nous gagnons quand nous le gagnons. Et ne pas courir éperdument comme un poulet sans tête après plus d’argent, de liberté, de sexe, de luxe. Enfin, c’est ma vision des choses.

Vous avez tout à fait le droit de penser que je plante complètement. C’est votre liberté, et si peser que je suis un idiot contribue à votre bonheur, alors, je vous aurai été utile, et j’en suis heureux.