Que sont nos émotions, pourquoi sont-elles là, à quoi nous servent-elles ?
Pourquoi cherchons-nous à les contrôler, seraient-elle gênantes ?

L’émotion est un signal que nous recevons de l’extérieur, ce signal est interprété par notre cerveau, et nous prépare ensuite à agir. C’est grâce à cette capacité que peu à peu l’homme est venu se positionner en tant qu’espèce dominante sur la planète.

Nous vivons deux grandes familles d’émotions : les positives et les négatives. Nous recherchons les émotions positives autant que nous fuyons les négatives.

Une émotion négative nous fait sentir mal à l’aise, voire, elle nous fait souffrir, parfois atrocement. Nous ne voulons pas ressentir ce mal-être, c’est gênant, pesant, pas agréable et dans une société où le « bonheur » est érigé en totem, ressentir de telles émotions revient à être déficient.

Nous est venue l’idée de taire nos émotions, de les enfouir, pour ne pas laisser paraitre notre douleur, notre vulnérabilité.

Nous n’aimons pas parler de ce que nous ressentons. Les émotions nous donnent la sensation d’être totalement à nu, et nous détestons cela. Pourtant, malgré tous nos efforts pour cacher ce qui nous anime, les autres peuvent le ressentir.

Notre souci n’est pas l’émotion en elle-même, car elle nous est vitale de par la façon dont l’être humain est conçu. Se passer de l’émotion reviendrait à « tuer » l’Humain et tout ce que le fait, dans ce qu’il a de bon ou de mauvais.

Nous avons de besoin de l’émotion dans nos vies : un livre, un film, un repas, le vin, une caresse, un sourire, un paysage, le calme, le shopping, et même le travail, tout est vecteur d’émotions.

L’absence d’éducation émotionnelle

Ce sont les émotions qui nous font agir, en bien, ou en mal, que nous le voulions ou non. Le ressenti est omniprésent dans nos vies. Et pourtant, rien ne prépare à mieux les vivre.

Nous apprenons à lire, à écrire, à bien nous comporter en société, nous apprenons des théorèmes complexes, nous apprenons des tonnes et des tonnes de sciences. Nous développons nos capacités cognitives à un rythme soutenu.

Et dans tout cet océan de compétences rien pour nous apprendre à mieux comprendre nos émotions.

Sauf à chercher par nous-mêmes, rien ni personne ne va nous enseigner l’émotion et leur importance dans nos vies.

Alors que ce sont bien elles qui vont faire et défaire nos succès de toutes sortes, sentimentaux, sociaux, financiers, professionnels, sportifs, artistiques, peu importe le domaine, partout où est l’humain, l’émotion est présente.

Nous vivons dans une société moderne où il est de bon ton de paraitre lisse, sans émotion particulière, et si possible, sans émotions négatives.

Une société sans émotions

Dès notre plus jeune âge, nous sommes confrontés à des situations émotionnelles compliquées. Nous pouvons être la cible de moqueries, de coups, de mises à l’écart, nous pouvons être réduits au silence par nos parents, et j’en passe.

Et pour faire face à cela, nous sommes encouragés à nous taire, à dissimuler ce que nous ressentons. L’émotion est indiscrète, gênante, c’est aussi une forme de faiblesse que de s’épancher.

La première chose à faire pour trouver sa place au sein de la société, c’est de taire ses émotions. Voilà le bagage émotionnel que nous recevons pour toute notre vie : faire taire nos émotions, elle sont honteuses.

Celles et ceux qui ont déjà pleurés en présence d’une personne le savent mieux que quiconque, eux qui ont tous dit quelque chose comme « excuse-moi, c’est ridicule, je t’emmerde avec mes petites histoires ».

Le drame d’une vie sans amour

Prenons les relations amoureuses, un espace où les émotions sont censées pouvoir s’exprimer librement.

Là encore, notre manque d’éducation émotionnel fait que les blessures du passé nous empêchent de nous exprimer librement. Nous souhaitons vivre l’amour aussi pleinement que possible tout en nous protégeant d’une future blessure.

Ce faisant, plutôt que de nous autoriser à vivre totalement et en pleine conscience cette émotion tant recherchée, nous vivons quelque chose de plus ou moins tiède.

Or, vivre sans amour peut conduire à graves troubles psychologiques. C’est ce que révèle l’étude menée par James Gillian auprès de prisonniers auteurs de meurtres parmi les plus sauvages aux USA.

Tous ces meurtriers ont pour point commun de vivre dans un monde sans amour, d’être les victimes de traumatismes émotionnels sévères. Devenus adultes, ils ne ressentent plus grand-chose de la vie, et tous cherchent un shoot émotionnel pour sortir de cette vie dénuée d’émotions.

Et seule la sauvagerie de leurs meurtres est en mesure de leur apporter cette sensation de vie. Sensation qui s’estompe très rapidement, les poussant à recommencer.

L’anti dépresseur, l’arme anti émotions

Fort heureusement, nous ne tombons pas tous dans ce type de déviances. La grande majorité des humains préfèrent les antidépresseurs. Nous consommons donc des médicaments pour traiter des sensations physiques liées à un état émotionnel.

N’ayant jamais été amenés à observer et comprendre nos états émotionnels, nous prenons leurs manifestations physiques pour des maladies et nous les traitons comme tel, en attendant que cela « aille mieux ».

Et lorsque nous sommes adultes, le manque d’éducation fait que nous sommes incapables de mettre des mots sur ce que nous ressentons, nous sommes dans l’engourdissement le plus complet.

Sommes-nous voués à rester ainsi toute notre vie, à taire nos émotions, à nous sentir ridicules, à souffrir en silence ? Non.

Il est tout à fait possible d’apprendre à reconnaitre et mettre des mots sur ce qui se passe en nous pour enfin comprendre et adopter la meilleure attitude possible.

Nous ne pouvons pas « gérer » nos émotions. Nous ne pouvons pas toujours décider de qui et quand aimer, de quoi avoir ou non peur. Mais nous pouvons tout à faire reconnaitre ces sensations, leur donner un nom et sortir de la peur, de la honte, de l’isolement.

Car si ne pouvons nommer nos émotions, elles nous restent inconnues. Et rien ne fait plus peur à l’humain que l’inconnu. Et quand l’inconnu se manifeste en nous, alors la peur peut vite prendre des allures de terreurs.

Comment gérer ses émotions en 5 étapes

D’après le psychologue Claude Steiner (qui a collaboré avec Éric Berne à l’émergence de l’Analyse Transactionnelle), il existe cinq degrés de compétences pour parvenir à un équilibre émotionnel, ce qu’il nomme l’alphabétisation émotionnelle.

  1. Premier degré : Connaitre ses propres sentiments (et être capable d’évaluer leur degré).
  2. Second degré : Savoir ce que ressentent les autres.
  3. Troisième degré : Parvenir à gérer ses émotions (savoir leur apporter la bonne réponse).
  4. Quatrième degré : Savoir réparer les dégâts émotionnels que nous causons
  5. Cinquième degré : Intégré et maitriser les quatre précèdent degrés dans la vie courante.

En réalité, que cela soit sous une forme ou sous une autre, le développement personnel, la philosophie, les religions, la spiritualité, toutes ces disciplines nous invitent à une chose essentielle à côté de laquelle nous passons par manque d’éducation : la prise de conscience et l’amour de soi.

Vouloir être heureux, vivre le bonheur est rationnellement impossible quand on ne sait pas le reconnaitre. Le bonheur est une émotion, et si nous sommes des « illettrés émotionnels » alors, comment reconnaitre le bonheur, comment savoir que nous sommes heureux ?

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